Par Rob Bull

Partout dans NDG, c'est avec de larges sourires qu'on a accueilli la nouvelle de la réouverture du Salon de thé de l'Empress dans le vieux complexe Cinéma V, sur la rue Sherbrooke. Ce vénérable et magnifique bâtiment était fermé depuis qu'un incendie l'avait ravagé, il y a plus d'une douzaine d'années.

Le Salon de thé abritera les bureaux du Centre culturel Empress. On n'y servira plus de thé ou de café, sauf aux personnes qui viendront visiter les employés du centre ou encore aux spectateurs qui assisteront à des événements spéciaux - mini-concerts, visionnements et autres événements créatifs.

Néanmoins, c'est un immense sentiment de satisfaction que ressentent les habitants du quartier à la pensée que les portes avant de cet édifice unique à valeur patrimoniale, au motif égyptien, s'ouvriront à nouveau. Sheila Griffin, pour sa part, croit que c'est tout simplement "fantastique."

Elle se souvient de l'époque où, adolescente, elle traversait le parc Girouard avec une amie et avait rencontré un couple de garçons qui les avaient invitées au Salon de thé de l'Empress. Ils y avaient grignoté des sandwichs au beurre d'arachides accompagnés de coca-cola.

"C'était le lieu de rencontre des jeunes," dit-elle.

Au cours des quelques années qui ont suivi, Mme Griffin et l'un des garçons en question, Ronnie, ont continué à fréquenter ensemble le Salon de thé… jusqu'à leur mariage. Par la suite, ils ont été des clients réguliers du Cinéma Empress où, pour la modique somme de 25 sous, ils pouvaient visionner les dernières nouveautés d'Hollywood.

Mme Griffin adorait le style du bâtiment, particulièrement un salon à l'étage supérieur, décoré dans le plus pur style Art Déco, où les gens pouvaient bavarder tranquillement.

Son mariage a duré 50 ans, jusqu'au décès de Ronnie en 2000. À cette époque, l'Empress, qui avait été inauguré en 1927 comme théâtre de vaudeville, avait déjà changé plusieurs fois de vocation. Après avoir été une salle de cinéma, il s'était métamorphosé en un restaurantthéâtre de burlesque appelé les " Royal Follies ". Puis, il était devenu le Cinéma V, une salle de cinéma de répertoire des plus réputées. Pendant de nombreuses années, le Salon de thé a pris le nom de Sesame Health Food Store. À Deux Mains, un organisme unique en son genre et offrant des services diversifiés à une jeune clientèle, a occupé la tour de bureaux pendant des décennies. Beaucoup de vies ont été touchées par les activités qui se sont déroulées dans cet immeuble.

Ce qui importe à Christina Sciascia et aux autres jeunes co-propriétaires du nouveau Café Shaika, de l'autre côté de la rue Old Orchard, c'est l'immense potentiel de l'édifice.

NDG et la partie ouest de la ville comptent déjà assez d'immeubles en copropriété et de gymnases pour leurs besoins, mais, comme dit Mme Sciasia, "il n'y a pas assez d'espaces publics pour les activités culturelles."

"Il y a une foule de gens créateurs et intelligents qui vivent dans le voisinage. Ne serait-il pas logique qu'ils puissent faire la preuve de leur talent dans leur propre quartier, plutôt que de s'exiler dans le centre- ville ou dans l'est de la ville?"

Deux études menées en 2004 confirment cette observation

Dans l'une de ces études, effectuée par Convercité pour le Centre culturel Empress, 91,8 % des 270 personnes interrogées considéraient que le Centre était important ou très important pour le quartier.

Le second sondage, mené par une équipe d'étudiants inscrits au MBA pour la Faculté de musique de l'Université McGill, rapportait que 72 % des 227 répondants préféraient l'Empress comme lieu de rencontre pour assister à des événements culturels, comparativement à d'autres endroits situés dans le centre-ville ou dans la partie ouest de Montréal.

Le Conservatoire McGill, un département de la Faculté de musique, prévoit s'associer à l'Empress et déménager ses pénates dans le Centre.

Depuis que le Café Shaika a ouvert ses portes en septembre 2004, les artistes locaux dont parle Mme Sciascia ont certes tenu son personnel de serveurs occupé.

"En ouvrant cet espace, j'ai été obligée de me questionner sur la provenance de tous ces artistes," dit-elle. "En fait, ils viennent d'ici. L'ouverture du Centre culturel Empress leur donnera un foyer où ils pourront se produire. De plus, ils nous donneront un coup de pouce, à nous et aux autres commerces sur la rue Sherbrooke, en attirant un plus grand nombre de piétons dans le quartier."

On projette de faire du Centre un lieu d'apprentissage et un carrefour des arts, abritant théâtre, musique, danse, films et conférences - un programme appuyé avec enthousiasme par la Société de développement commercial de la rue Sherbrooke Ouest (SDC).

Les administrateurs bénévoles du Centre rêvent de rouvrir le Centre en entier. Pour ce faire, ils travaillent d'arrache-pied à réunir les fonds nécessaires en faisant appel aux trois paliers de gouvernement ainsi qu'au secteur privé.

Le mouvement pour sauvegarder et rouvrir le bâtiment, qui s'est mis en branle en 1994, a exigé d'un certain nombre de personnes dévouées une somme colossale de travail.

Mais comme l'a souvent dit et le dira probablement encore souvent Necdet Kendir, président de la SDC et propriétaire de Cartes etc. : " L'expérience m'a appris que rien ne se fait sans qu'on y consacre temps et effort."

Pour de plus amples renseignements sur l'Empress, faite le (514) 481-6277 ou envoyez un courriel à empresscentre@gmail.com .